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Conte "Le Rossignol du Taj Mahal"/ de Loubna Emel

(Conte extrait de la série de contes de sagesse et méditation intitulée "L'Herboriste" de Loubna Emel. Une série littéraire qui totalise actuellement plus de 110 contes de sa plume, dont elle illustre certains.):


C’est à Agra, capitale des empereurs moghols, en Inde, que se dresse encore un somptueux palais des mille et une nuits, tout luisant de pierres précieuses, de cristal et de marbre. Emblème du pays, cette merveille n’était autre que le fameux Taj Mahal. Mais plus encore qu’un monument à l’architecture inégalée, c’était et c’est toujours le symbole de l’amour éternel puisque l’Histoire raconte qu’il fut construit par le grand empereur Shan Jahan à la mort de son épouse lorsqu’elle mit au monde leur quatorzième enfant. Shan Jahan bâtit en effet l’édifice sur le tombeau de l’impératrice. C’est en quelque sorte un gargantuesque mausolée à la fois symbole de mort et de résurrection car l’amour, le vrai, vous savez comme moi que jamais il ne meurt.


Aujourd’hui, cela fait longtemps qu’empereurs et maharadjahs ont quitté le palais, grâce à la sagesse d’Indira, ou Gandhi si vous préférez.


Mais un jour que je lévitais au-dessus du palais, j’aperçus le fantôme d’un maharadjah inconnu qui errait d’une pièce à l’autre du Taj Mahal. Après avoir longtemps enquêté sur son passé, un rossignol du Japon vint me chanter les notes qui manquaient à ma plume de scribe…


Il était une fois un puissant maharadjah dont la fortune était si grande qu’il pouvait acheter deux des pays voisins. Il avait pour nom Rajah et habitait le Taj Mahal. Un train électrique parcourait tout le palais et apportait du vin de Chypre aux convives. Les femmes du harem étaient richement vêtues et ressemblaient à des reines et des princesses prêtes à satisfaire les moindres désirs du prince. En fait, Rajah vivait dans un cocon doré et il se croyait si puissant que, se disait-il, même la mort ne pourrait rien contre lui.


Or, un jour qu’il était accoudé à la fenêtre de son boudoir, un rossignol du Japon entra et se posa sur son armoire en teck et palissandre. Bientôt, il se mit à chanter de merveilleuses notes flûtées. Charmé par les prouesses de l’oiseau, Rajah résolut de l’attraper et curieusement, le rossignol se laissa faire.


- Ce sera mon effigie sur les nouvelles pièces de monnaie, clama Rajah devant ses invités en désignant l’animal.

- Ah oui ? Et qu’a-t’il donc de si spécial ? demandèrent les convives.

- Il n’y a meilleur chanteur au monde, répondit le maharadjah.

Mais quand Rajah lui ordonna de chanter, l’oiseau demeura silencieux. Une fois, deux fois, trois fois… Alors les invités commencèrent à se moquer de Rajah.

- Comment ! Tu es le plus puissant homme au monde et tu n’arrives pas à te faire obéir d’un si petit animal ?!


Fou de rage, Raja emporta la cage dans sa chambre et l’enferma à clé dans le trou noir de son armoire. Quand il revint le lendemain matin pour ouvrir l’armoire et tenter à nouveau de commander l’oiseau, il découvrit ce dernier étendu sur le fond de sa cage, totalement immobile. Le rossignol était mort. Il s’était probablement débattu pour tenter de s’enfuir car ça et là des plumes pendaient encore aux barreaux de la cage.


Le maharadjah ne sut comment annoncer la nouvelle à la foule d’invités qui attendaient le fameux spectacle de l’oiseau et il ne pouvait mentir car elle ne manquerait pas de lui demander à voir l’oiseau.


Alors Rajah dut avouer toute la vérité. Ce ne fut que le début d’une terrible période pour lui. Les invités ressemblaient à des témoins prêts pour son jugement. Il eut la honte de sa vie et sa mauvaise conscience était telle qu’à présent ce fut lui qui s’enferma dans l’armoire de sa chambre, n’osant plus voir personne car bientôt l’Inde toute entière fut au courant de son échec avec l’oiseau et de la punition de son orgueil aussi démesuré que son palais. Il n’osait plus non plus voir la lumière du jour car elle était Vérité. Rajah était désormais prisonnier de son mauvais passé et vivait un véritable enfer. De grandes bouffées de chaleur ne cessaient de le rôtir et il comprit qu’il n’échapperait ni à la mort ni à son jugement et à l’enfer.


Mais au seuil de la mort, il reçut un drôle de visiteur tout de blanc vêtu. Il était entré dans la chambre par la fenêtre comme un petit oiseau et bientôt Rajah reconnu les traits de Gandhi. Ce dernier le regarda longuement puis lui dit :


- Ouvre la cage à l’oiseau innocent qui est en toi et referme la cage sur l’argent et l’orgueil.

Le Maharadjah obéit. Pour la première fois de sa vie, il suivit les conseils d’un sage.


Et il fut enfin délivré. Depuis ce jour, Rajah n’eut de cesse d’acheter des rossignols et de leur laisser la cage ouverte. Leurs chants mélodieux emplirent bientôt tout le Taj Mahal et le royaume rayonna de bonheur, de joie de vivre et d’harmonie.






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