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Notre Système Démocratique – le Meilleur ?

Mis à jour : 15 sept. 2019

Je suis assez critique quant à porter la démocratie à l’occidentale au pinacle des systèmes de gouvernance. Certes, on entend souvent dire – tel un lieu commun – que c’est le moins pire de tous. Mais l’est-il vraiment ?


L’ennui, c’est que dès qu’un modèle dure dans le temps, il se pervertit inévitablement dans sa pratique, finissant par dévier beaucoup de son idée originelle. Surtout lorsque celui-ci octroie un pouvoir particulier à un certain groupe de personnes – ouvrant ainsi le bal de tous les abus. Ceci est vrai dans tous les domaines. Il suffit, par exemple, de voir ce qu’est le catholicisme d’aujourd’hui (et les horreurs que certains membres de son clergé sont capables de commettre) par rapport au christianisme des Pères de l’Église. Les structures, qui étaient originellement au service des gens, se transforment en systèmes d’asservissement, d’exploitation et d’aliénation.


Avec la démocratie telle qu’on la pratique ici, il existe plusieurs problèmes, selon moi, qui nuisent à son bon fonctionnement. L’un d’eux réside dans la longueur des mandats, trop courts au niveau de la bonne marche d’un pays. Alors que les programmes qui changeraient vraiment les choses doivent s’appliquer sur deux ou trois décennies. Quelle personnalité politique se lancerait dans une réforme dont les fruits ne se verront pas durant son mandat ? Et surtout, sachant que ses opposants feront tout pour la décrédibiliser – afin de se faire élire, eux, au prochain terme –, alors qu’ils savent pertinemment que c’est la réforme dont le pays aurait besoin. On se retrouve donc avec du bricolage court-termiste plutôt qu’avec ce que la nation nécessite vraiment.


Cela nous amène au problème suivant : celui de la démagogie. Chez un politicien, tous les moyens sont bons pour atteindre son but – se faire élire et, une fois élu, rester au pouvoir. Alors que son but aurait dû être d’appliquer oblativement la volonté du peuple qui a voté pour lui. Mais peu lui importe la vérité ou le bien du pays et de ses citoyens. Cette démagogie ouvre la porte au clientélisme et au lobbying, contraires à l’intérêt du plus grand nombre. Les hommes politiques se retrouvent plus intéressés par leur image et par leur capital financier, que par leur intégrité et leur probité morale. Du coup, la démocratie devient un mécanisme contraire à elle-même (une oligarchie républicaine).


Un autre problème est celui de la représentativité réelle des élus. Ce système crée une caste de chefs, qui – sous couvert d’être des serviteurs de l’état – sont en fait au service de leurs propres intérêts égoïstes plutôt qu’à celui du peuple, sans ne lui rendre jamais aucun compte. Surtout que la carrière de politicien n’attire que celles/ceux qui cultivent l’arrogance, l’orgueil, l’appât du gain et la soif de pouvoir. On confie la banque du sang à des vampires se faisant passer pour des médecins.


Vous avez compris que ma critique ici concerne essentiellement la démocratie de grande échelle (métropole, région, département, pays, fédération), pas l’ultra-locale (celle des petites et moyennes municipalités), où le contexte et les enjeux sont très différents. Là-bas, pas de politiciens professionnels. Les maires et les conseillers municipaux, dans leur écrasante majorité, sont honnêtes, dévoués, et au service réel de leurs administrés. La démocratie à ce niveau fonctionne même plutôt bien – dans la limite des pouvoirs qui lui sont alloués.


De nos jours, les masses commencent à voir les limites de notre système démocratique. La situation se dégrade de décennie en décennie, le pays est lentement bradé (éducation, santé, industrie, agriculture, etc.), et ce sont toujours les mêmes qui trinquent. Le mécontentement populaire gronde – terrifiant les ultra-nantis –, et nous ne sommes pas à l’abri d’une révolution, comme il y a eu contre la monarchie aux siècles précédents. Certains diront que cette révolution a déjà commencé.


Mais la critique la plus profonde pour moi, est que la théorie démocratique repose sur un dogme que je considère fallacieux : la raison du plus grand nombre est la meilleure. C.-à-d. que le choix de la majorité serait meilleur que celui de la minorité, car guidé par la raison. C’est peut-être vrai à petite échelle, entre spécialistes, sur des questions limitées. Or, comment les masses pourraient-elles décider en dehors de leur domaine de compétence ?


Pourquoi donner à des non-compétents de voter sur des sujets qu’ils ignorent totalement ? Déjà la plupart des gens ont des difficultés à organiser convenablement leur propre vie, alors décider pour toute une nation ?!? Moi-même, que connais-je des enjeux économiques internationaux, du budget nécessaire à un pays, des intérêts secrets de la nation, de la sécurité militaire ou de la sûreté de l’état ? Pourquoi serais-je légitime de donner mon avis là-dessus ? Demande-t-on à un électricien un diagnostic médical ?


Cela invite à toutes sortes de manipulations de l’opinion publique de la part des groupes désirant gagner le pouvoir ou y rester. L’enjeu est tellement grand pour eux, pourquoi s’en priveraient-ils ? Les Romains pratiquaient déjà la propagande de masse avec leur fameux « panem et circenses (du pain et des jeux) ». Quoi de plus facile, quand on contrôle les médias, que de faire pencher la balance de l’opinion dans un sens ou dans l’autre ? Ceci est d’autant plus facilité de nos jours avec le poids d’Internet et des réseaux (as)sociaux. Bienvenue dans l’ère des fausses informations et des rumeurs ! Tout cela permet de donner aux électeurs l’illusion d’un choix librement décidé et rationnel – ce qui est loin d’être le cas, malheureusement.


Bref, pour résumer : des ignorants manipulés élisent des menteurs qui ne feront pas, une fois au pouvoir, ni ce pour quoi ils ont été élus, ni ce qui est le meilleur pour leur pays. Autant pour le « moins pire » des systèmes ! La philosophe Hannah Arendt (1906-1975) nous met en garde contre cette situation, dans un entretien de 1974 sur la question du totalitarisme : « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir, mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez. »


Sans atteindre aux libertés individuelles des gens (c.-à-d. sans sombrer dans l’ochlocratie ou le totalitarisme), quel système politique serait meilleur que le nôtre ? Par quoi remplacer notre modèle démocratique ? Apporter une réponse nécessite de réfléchir hors du cadre prépensé, de sortir de la boite du prêt-à-réfléchir. Certaines solutions existent, déjà vérifiées à travers l’Histoire et les cultures. À nous d’en choisir une qui nous convient, puis de l’imposer à nos dirigeants – par des moyens non-violents encore à développer –, car aucune personnalité politique n’aurait assez de courage pour modifier le système pervers qui l’a mise au pouvoir.


Plusieurs civilisations ont par le passé émis des suggestions de modèles plus sains. Par exemple, dans la civilisation juive, (cf. Séfer Shôfeṭîm de Maïmonide, et surtout Hilkhôth Melâkhîm), nous trouvons l’auto-organisation – ou l’autogouvernement – au niveau local, et la gouvernance héréditaire accompagnée par diverses assemblées conseillères au niveau national. Dans ce système, la démocratie fait sens à l’intérieur d’un certain contexte, entre personnes spécialistes du sujet sur lequel elles votent, comme par exemple les garagistes pour la mécanique auto, les boulangers pour le pain, les juristes pour la loi, etc. C’est-à-dire que la majorité (ou le consensus, au choix) fait sens dans une assemblée spécialisée, à l’image de comment l’humanité s’est organisée partout depuis le début (conseil de sages, chambre d’anciens, sénat de savants, sanhédrin de juges, etc.). Je suis par là très à contre-courant du politiquement correct.

Encore récemment, les zadistes de N.-D.-des-Landes se sont autogouvernés selon un système qui devrait nous inspirer et les Sages conseillent (M. Pirqê Âvôt I:18) que toute société aspirant à être saine, soit basée sur « la justice (dîn), la vérité (emeth) et la paix (shâlôm) ».


Et dans la civilisation judéo-christiano-musulmane à elle seule, toute la politique est fondée sur la famille et le respect de notre prochain. Le modèle familial fonctionne alors comme un système politique en miniature, où chacun a son rôle à jouer et participe à l’élaboration de la vie. Si tout est réalisé comme il faut, une atmosphère de paix commence à se déployer.


Nous pouvons également observer les anciennes civilisations amérindiennes, où des sages rythmaient les journées par des leçons de vie et veillaient à l’harmonie entre les individus.

Quelle forme prendra notre VIe République ? A nous de la modeler.


L’Etoile. Rédaction : Gabriel Hagaï / Loubna Emel





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