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Réflexions autour du spécisme

Mis à jour : 15 sept. 2019

Dénoncer le « spécisme » (l’équivalent du « racisme », mais envers les espèces animales autres que l’Homme, qui justifierait leur exploitation selon des manières qui ne seraient pas acceptables pour des humains) devient à la mode. C’est tout à l’honneur de notre génération d’enfin reconnaître chez les animaux une sensibilité et une conscience à l’image de la nôtre (chose qu’il y a encore peu était même refusée aux humains non-occidentaux foncés de peau), mais à des échelles différentes selon les espèces. Cette reconnaissance mène naturellement à la compassion et à l’empathie, qui sont le moteur des

« antispécistes».


Le « spéciocentrisme » est une pathologie morale récurrente chez l’Homme – dont il nous faut guérir. S’en débarrasser fait partie de notre chemin vers la maturité. Apprendre à respecter la sacralité de la vie devrait être nos plus grande préoccupation.


Après réflexion, je pense que l’accusation de spécisme peut s’appliquer parfaitement à la manière avec laquelle certains de nous traitent les biotopes naturels, allègrement détruits, ou les animaux sauvages, joyeusement massacrés (en particulier les loups, les ours, les baleines, les éléphants, les rhinocéros, les dauphins, les sauriens, les grands singes, les grands félins, les loutres, etc.), mais pas à nos rapports avec les animaux domestiqués.

En effet, ces derniers (les animaux domestiqués) ne subsistent que par l’Homme, grâce à l’Homme. Ils ont été créés et sélectionnés par l’Homme, pour le profit de l’Homme. Ils ne survivraient pas dans la nature (où ils n’existent d’ailleurs pas à l’état sauvage), et vu leur nombre immense, ils détruiraient tous les milieux naturels où ils seraient éventuellement relâchés.


Selon moi, il existerait une sorte de « contrat spéciel » (à l’image du « contrat social » cher à J.-J. Rousseau) entre l’Homme et les espèces animales domestiques. Celles-ci se rendent utiles à nous – par leur travail (transport, labour, garde, chasse, etc.), par leur production (lait, laine, miel, etc.), des fois par leur vie même (viande, peau, fourrure, cuir, etc.) – et nous leur fournissons en retour des conditions pour vivre, se reproduire et prospérer (en tant qu’espèce). Les exemples sont nombreux : cheval, mouton, chien, chat, porc, bœuf, poule, chèvre, buffle, lama, dromadaire, lapin, canard, abeille, etc. La domestication est d’ailleurs la base de l’essor des civilisations sur tous les continents.


Pourrions-nous nous passer des animaux domestiqués ? Tout dépend des services que l’on attend d’eux. Nourriture ? Boisson ? Agriculture ? Voire même simplement la compagnie ? A l’heure de la décroissance et de l’écologie, il serait très difficile et insensé de rompre nos liens avec les animaux domestiqués. Face aux véhicules motorisés, rien n’est plus respectueux de la nature et de l’environnement que le transport à cheval. Et on peut extrapoler pour tous les secteurs de nos activités. Et avec le végétarianisme qui remplace progressivement la viande par des produits biologiques plus sains pour la santé, le respect des différentes espèces croît à grande vitesse.


Tout ce que je dis ici, c’est en effet lorsqu’aucune cruauté n’est exercée envers ces animaux domestiques. Sinon, nous tombons dans du spécisme pur et simple, et la dénonciation des antispécistes devient alors totalement légitime. Surtout que la brutalité envers les animaux (ṣa‘ar ba‘alê ḥayyîm) est prohibée dans bon nombre de communautés citoyennes. Par exemple, dans le judaïsme, nous trouvons plusieurs passages de la Torah qui interdisent la brutalité des bêtes (Exode XXIII:5 – cf. T. Shabbât 117b, T. Bâvâ Meṣî‘â 31a). Nous pouvons également citer l’esprit de l’Evangile au sens large, tourné vers l’amour de notre prochain, quel qu’il soit. Le monde musulman, quant à lui, se souvient de la réprimande d’un prophète ayant détruit toute une fourmilière (passage coranique) et de ce hadith rapporté par Bakhari et Muslim, parmi d’autres nombreux exemples:


« Une femme a été tourmentée en enfer à cause d’une chatte qu’elle avait enfermée jusqu’à ce qu’elle pérît. A cause de l’animal, elle entra en enfer. Elle ne l’avait ni nourrie, ni abreuvée alors qu’elle l’avait enfermée, ne lui laissant pas la possibilité de consommer ses proies. »

Dans la culture boudhiste zen, la tradition est tournée complètement vers le végétarianisme, le respect de tous les êtres vivants. Cela n’est pas sans rappeler la conception des chrétiens cathares.


La responsabilité de l’homme, qui doit à la fois assurer sa survie et en même temps essayer au maximum de respecter la sacralité de la vie sous toutes ses formes, est triple (m’inspirant d’un article de Marc Münster) :


1. Maintenir des écosystèmes nombreux, sains et dynamiques, permettant aux espèces sauvages de survivre et de prospérer, et ainsi surtout maintenir une planète en état de supporter une telle présence humaine.


2. Être responsable de la qualité de vie des animaux que nous exploitons, et d’éradiquer les souffrances éventuellement engendrées.


3. Ne pas oublier que nous faisons nous-mêmes partie de cet écosystème planétaire, qui est dynamique et où rien n’est acquis, que nous y sommes nés et que nous y mourrons, et que si nous sommes nés c’est parce que l’ensemble de nos ancêtres depuis la première bactérie (ou depuis Adam et Ève), a joué le jeu de la naissance, de la vie et de la mort.


On remarque cependant une notion d’évolution. L’être humain, loin d’être une forme figée de la Création, est en perpétuelle évolution : son évolution morphologique se poursuit toujours selon les scientifiques (à travers ses gènes mais aussi physiquement), ainsi que son comportement et sa façon de penser. Sans doute y a-t-il une certaine gradation dans l’ensemble, avec une finalité perfectionniste propre à toute dynamique d’évolution des espèces et de l’esprit humain tout simplement.


C’est pour cela que je suis catégoriquement contre toute forme de chasse (surtout ici, dans nos pays dits développés), ainsi que contre la corrida (sadisme totalement injustifié), et contre tout ce qui cause des souffrances aux animaux.


L’Etoile. Rédaction : Gabriel Hagaï / Loubna Emel




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